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Témoignage d’Annick Gervais

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Témoignage d'Annick Gervais

Annick Gervais, 47 ans, diagnostiquée à 44 ans avec un cancer du sein métastatique

Ma mère est décédée d’un cancer sein du sein métastatique en 2006. J’ai donc été sensibilisée à l’examen des seins à tous les mois, et c’était important pour moi de connaître mes seins. Étant donné que ma mère avait obtenu son diagnostic à 52 ans, dès 40 ans, je devais passer une mammographie annuellement.

Je faisais mon observation des seins comme d’habitude quand j’ai senti une petite bosse sur mon sein gauche. Elle ressemblait à celles que j’avais touché sur ma mère à l’époque : elle était grosse comme un 10 sous environ. Ça tombait bien, j’avais une mammographie de prévue quelques jours plus tard.

Je passe donc l’examen. On me dit que tout est beau et que je n’ai pas besoin de faire une échographie en plus. Comme j’ai confiance en le système de santé, je ne me questionne pas plus. La bosse continue cependant de grossir, mais je ne m’inquiète pas trop. J’ai rendez-vous avec la médecin de famille qui me suis depuis l’âge de 15 ans pour la dernière fois, parce qu’elle prend sa retraite. Pendant le rendez-vous, elle non plus n’est pas très inquiète.

Quelques semaines passent. Fin janvier, la bosse est devenue grosse comme une pièce de 25 sous. Ma nouvelle médecin est inquiète et veut investiguer. Elle souhaite que je passe une échographie. Finalement, après quatre tentatives d’appel, au cours desquelles on me dit qu’il n’y a pas de rendez-vous disponibles pour des échographies dans mon centre, je réussis à en avoir une au printemps.

Je réussis donc à avoir mon examen en avril. Ma bosse est rendue grosse comme une balle de golf. J’ai également des douleurs au sein gauche. La technicienne me dit qu’il n’y a rien d’anormal, que ce n’est qu’un amas de gras. Elle ne veut pas me faire de biopsie. Je sors de là en pleurant, en ayant l’impression de ne pas être écoutée. Je me connais, et je suis extrêmement intuitive. Je savais au fond de moi qu’il y avait quelque chose d’anormal que se développait en moi.
En juillet, je revois mon médecin de famille. La masse n’avait pas vraiment grossit, mais un creux se formait sur le côté de mon sein gauche. Ma médecin est très préoccupée, elle me dit que la situation n’a pas de bon sens. Elle demande que je passe une IRM et elle fait les démarches pour que je sois suivi à la clinique du sein. Le 7 août, j’obtiens donc un rendez-vous à la clinique du sein de La cité de la santé à Laval. À partir de là, tout a déboulé.

Je rencontre un chirurgien : quand il voit mon sein rendu déformé et jauni, son visage s’affaisse. Personne ne comprend pourquoi je n’ai pas eu de suivi avant. La médecin qui m’a fait la biopsie se questionne aussi. Elle m’explique que j’ai une masse diffuse, non-ferme et qu’on a dû me faire pas moins de 8 prélèvements pour s’assurer de prélever au bon endroit.

Le chirurgien me dit que d’ici 2 semaines, j’aurais un résultat. C’est 13 jours plus tard qu’on m’a annoncé que j’avais un cancer du sein, plus précisément un carcinome canalaire infiltrant du sein gauche grade 2-3. Cependant, ce sont les résultats de l’IRM et plus tard du TEP scan qui ont tout fait basculer : ils ont vu des métastases au foie et aux ganglions, ce qui m’amenait au très redouté stade 4…
J’ai une petite famille : une sœur, un père et deux filles en plus de mon conjoint. Mon conjoint a aussi une toute petite famille : un frère, sa femme et leurs deux filles et ses parents sont au Portugal. Pour mon conjoint, je ne me souviens pas comment je lui annoncé, c’est un peu flou dans mon esprit et mes souvenirs ne sont pas clairs. Je me souviens que je l’ai annoncé à tout le monde en même temps : on s’est installé dans le salon pour en parler. Ma sœur et mon père étaient évidemment très au courant de ce qu’un tel diagnostic implique, pour l’avoir connu avec ma mère.
Mes filles avaient 8 et 12 ans à l’époque. On a beaucoup d’humour dans la famille, on aime rire, ça facilite beaucoup de choses. Ma plus vieille a dit : « C’est cool à l’Halloween tu vas pouvoir choisir plein de perruques! ». Elles m’ont évidemment demandé si j’allais mourir et la réponse était : «On ne sait pas. Les chances que je vive la prochaine année sont minces. Mais on ne sait pas. Ça dépend des traitements. » Mon père pleurait, mais disait que c’est parce qu’il avait des allergies : il a beaucoup d’allergies dans les moments émotifs.

J’ai été prise en charge rapidement. Dans mon cas, je ne suivais pas le protocole de soins traditionnels. Souvent, en stade 4, on passe tout de suite à une chimiothérapie palliative et à des traitements continus sans chirurgie. Mon médecin, lui, a voulu faire de la chirurgie. Il s’est battu à l’interne et a argué que j’étais encore jeune et a expliqué mon parcours. Les médecins du comité à qui il s’adressait ne voulaient pas faire d’exception parce qu’ils craignaient que je me fasse de faux espoirs quant à une guérison possible. Mon médecin leur a expliqué que j’étais très lucide, que je travaillais dans un milieu palliatifs pédiatriques, et que je ne vivais pas du tout dans un monde de licornes. Ils ont donc accepté.

J’ai commencé par une chimiothérapie traditionnelle aux trois semaines pendant trois mois. Les équipes en oncologies sont tellement sympathiques, j’avais un bel accueil, ils sont vraiment bienveillants envers les patients. À ma première séance, je me sentais très bien. Je suis sortie vers 15 heures, à 18h je pétais le feu, et à 18h30, mon corps a crashé. Je tremblais comme une toxicomane en manque. Mes filles et mon chum capotaient. Ça fait 25 ans que je connais mon conjoint et jamais il ne m’avait vue comme ça : il était remué. Heureusement, les effets secondaires ont diminué ensuite.

J’ai évidemment perdu mes cheveux. Par contre, ce n’était pas l’inconnu pour moi puisque j’avais vécu 4 ans de traitements avec ma mère. Je ne peux pas dire que c’était rassurant, mais presque… Au niveau physique, ce qui m’a dérangé le plus c’est la perte de mes sourcils. Là, je trouvais que ça, ça donnait l’air malade.

J’ai terminé chimiothérapie le 14 février et on a attendu le 7 avril pour la double mastectomie. Après ma chimiothérapie, je n’avais plus aucunes traces de cancer. Entretemps, j’ai obtenu le résultat de mon test génétique et découvert que j’avais le gène BRCA2. On a donc procédé à une mastectomie et deux mois plus tard à l’ablation des ovaires. J’ai refusé la radiothérapie. Étant en stade 4, j’avais quand même eu la chance d’avoir un protocole traditionnel, mais la radiothérapie c’était de trop. J’avais aussi un lymphœdème au bras gauche et la radio oncologue m’avait confirmé qu’il pourrait être accentué par la radiothérapie. Il y avait aussi plusieurs effets à long terme que je préférais éviter.

Après les traitements et l’opération, je m’en suis très bien remise. Je n’ai pris aucuns antidouleurs sauf du Tylenol, et quelques jours après, je recommençais à marcher.

On m’a offert une reconstruction, mais j’ai choisi la reconstruction à plat. Ça consiste à ne pas laisser d’excédents de peau sur la poitrine et de ne pas avoir d’implants. Suite à la chirurgie, il est resté de l’excédent de peau sur les côtés et je vais devoir me faire réopérer, mais ce n’est pas une priorité. Pour l’instant, mes filles disent que j’ai des ailes.

Je ne voulais pas d’implants car j’ai horreur des chirurgies et des altérations sur le corps. Je n’ai même pas les oreilles percées! Puis, je voulais limiter les risques d’erreurs aussi… Ma mère a eu une reconstruction et son corps a rejeté l’implant : je vous épargne la vision d’horreur.

Il n’y a que me mettre en maillot de bain qui me complexait, mais maintenant il en existe avec un petit volant devant la poitrine qui me conviennent très bien.
Mes traitements continuent aux trois semaines et je prends du Ribociclib, un inhibiteur, plus un bloqueur d’hormones.

Mon but est de sensibiliser les médecins. Oui, il va toujours y avoir des humains hypocondriaques qui veulent des biopsies, juste pour se rassurer, mais lorsqu’on est suivies en prévention et qu’on se découvre une bosse, il me semble que ça va de soi d’en avoir une. Malheureusement, ça dépend sur qui tu tombes… C’est tellement aléatoire comme démarche. Il faudrait écouter davantage les patients.

Quand j’ai reçu le diagnostic de cancer métastatique, je n’ai pas réagi. Par la suite, mon médecin m’a avoué qu’il s’était demandé si j’avais bien compris. Il a fallu que je l’assimile, mais j’avais très bien compris.

Il y a eu une mobilisation incroyable de mes amies : une amie infirmière est venue aux premiers rendez-vous pour m’aider à mieux comprendre les choix de traitements, deux amies m’accompagnaient pour mes traitements, une amie et sa mère me cuisinaient des plats, certaines m’amenaient à leur chalet… Une venait tous les mardis s’occuper de mes enfants : devoirs et popotte, une autre tous les jeudis faire le ménage et passer du temps avec mes filles. J’ai même une amie d’enfance qui m’a payé le déneigement pendant les deux hivers qui ont suivi, qui nous planifiait des moments en famille et des petits repas. Mon père m’amenait à mes rendez-vous, il habite à 5 minutes de chez moi. Ça fait du bien, et je peux comprendre quand on dit que le soutien fait une grosse différence.

Je trouve qu’il y a une grosse différence entre les stades 1-2-3 et le stade 4. Ce que ces femmes craignent le plus, c’est être comme nous. Je réalise qu’avec les personnes qui ont le même diagnostic que moi, on se rejoint, même s’il y a toujours des réalités différentes dépendamment de la localisation des métastases.

Quand j’ai appris que la Fondation cancer du sein créait le Club stade 4 sur Facebook, j’étais tellement heureuse! Ça arrivait à point nommé, puisque je venais de recevoir mon diagnostic. J’y ai reçu tellement de soutien, dans la bienveillance. Certaines personnes autour de moi ne comprenaient et ne comprennent toujours pas ma situation, car comme ma condition est stable, elles pensent que je suis en rémission. Mais je suis en traitement continu. Certaines vivent plusieurs années avec le stade 4 et d’autre non: c’est assez imprévisible comme réalité.

Les femmes atteintes de cancer de stade 1-2 ou 3, une fois qu’elles ont fait tous leur traitement, elles ne reçoivent plus vraiment de soutien : je trouve cela difficile aussi.
Quand tu as ton diagnostic de cancer du sein stade 4, tu as 30% de possibilités de vivre les 5 prochaines années. Chaque année que tu gagnes fait augmenter le pourcentage. Cette année, j’ai souligné mes 3 ans depuis mon diagnostic, mais mon anxiété est dans le tapis. Un cas comme moi sans trace de cancer, c’est rare mais je ne me sens jamais en paix. Je me dis que si je me rends à 5 ans, j’aurai eu ça et le reste, je considère que c’est du bonus…

Je ris, je travaille à temps plein : j’ai toujours été comme ça! J’ai arrêté de travailler la veille de ma chimiothérapie, le 5 septembre 2019 et j’ai recommencé autour du 18 octobre 2020.

Il y a un peu plus d’un an, j’ai vu sur la page Facebook de la Fondation cancer du sein du Québec, qu’ils cherchaient des personnes atteintes pour soutenir les femmes en pré-diagnostic. Je trouvais ça pertinent. Les dames auxquelles j’ai eu la chance parler, je les ai écouté et guidé dans ce processus. Elles ont envie d’avoir un espace pour laisser aller leur anxiété et leur peur. Mon rôle, c’est d’écouter, de comprendre et d’informer des services disponibles selon la région et où elles demeurent.

On reçoit aussi des appels de femmes qui détectent une anomalie mais qui n’ont pas de médecin de famille, ou ne viennent pas d’ici. On a certaines ressources disponibles pour les aider.

En ce qui concerne mon implication dans la campagne d’octobre de la Fondation, j’ai décidé d’en faire partie, car c’est sûr que quand la cause te touche personnellement, tu comprends leur mission et l’importance de cette dernière. Le cancer du sein touche énormément de femmes, de plus en plus jeunes. Mon objectif est donc de sensibiliser le plus de personnes possibles.

Je trouve ça très important d’en parler et d’éduquer la population, car si on fait un maximum de prévention, les résultats ne peuvent qu’être positifs. Il faut également sensibiliser sur d’autres réalités : il existe de nombreuses femmes qui vivent avec un cancer du sein.

Je trouve aussi qu’on entend peu parler des stades 4 comme moi, c’était donc important pour moi de faire la lumière sur mon diagnostic et sa réalité.

Depuis mon diagnostic, je vis le moment présent. La vie, c’est précieux et fragile. J’ai souvent eu cette réflexion : je suis présentement en vie et je continue à avancer. Je me vois comme sur un tapis roulant : j’avance, peu importe ce qui se passe à côté.

Nous savons qu’un diagnostic de cancer du sein stade 4 bouleverse une vie. N’hésitez pas à en apprendre plus sur notre Programme cancer du sein métastatique, développé afin d’apporter un soutien adapté à la réalité de cette communauté.